La vie étrange du sosie de Larry Hagman
Il y a des ressemblances qui font sourire. Et puis il y a celles qui changent une vie. Celle de ce médecin américain appartient résolument à la deuxième catégorie.
Tout commence en 1983. Un jeune étudiant en médecine entre dans la chambre d’une patiente âgée qui vient de subir une intervention cardiaque. La femme reprend lentement conscience. Elle ouvre les yeux, regarde le jeune homme à son chevet… et la couleur se vide de son visage. Sur le moniteur, son rythme cardiaque s’emballe. L’infirmière et l’interne se penchent vers elle, inquiets. Elle murmure alors, d’une voix blanche : « Ne me faites pas de mal, J.R. ! ». La pauvre femme n’avait pas perdu la raison. Elle était simplement fan de Dallas. Et le médecin qui se trouvait à son chevet était, selon elle, l’incarnation vivante de J.R. Ewing.

Un sosie malgré lui
Ce médecin est radiologue-oncologue, exerçant dans le Mississippi. Il n’était pas particulièrement fan de Dallas quand la série tournait sur CBS. Il ne cherchait pas à ressembler à Larry Hagman. Il n’avait rien demandé. Mais la nature en avait décidé autrement.
Quand il servait comme médecin militaire dans l’Armée de l’Air, ses camarades disaient que sa photo d’identité ressemblait à une photo de plateau de la série Jinny de mes rêves, dans laquelle Hagman incarnait justement un astronaute de l’Air Force. Coïncidence amusante. Rien de plus.
Mais c’est au milieu des années 90 que les choses commencent vraiment à déraper. Lors d’un séjour dans une station de ski, tout le monde à la station était absolument convaincu qu’il était Larry Hagman. Des femmes tendaient leur appareil photo à leur mari en poussant son épouse Deena sur le côté pour se faire photographier avec « ce bon vieux J.R. ». Il essayait bien d’expliquer. Personne ne voulait entendre. « J’étais J.R., c’était tout », dit-il.
New York, Laguardia, et un clone
En 2002, le médecin et son épouse visitent New York. Il pouvait à peine marcher dans la rue. Les gens l’arrêtaient en permanence, repoussant Deena pour le prendre en photo. Il en vint à avoir l’envie d’entrer dans un restaurant en criant : « Où est ma table ?! »
À l’aéroport de Laguardia, alors qu’ils s’apprêtent à embarquer, une hôtesse de l’air l’approche. Il commence sa réponse habituelle: « Je sais, je ressemble à Larry Hagman », mais elle le coupe net : « Vous ne comprenez pas. Je connais Larry. Et vous ne lui ressemblez pas juste un peu, vous ressemblez à son clone. Vous devriez lui écrire et lui envoyer une photo. Ça le ferait rire. »
Le médecin, qui n’avait jamais vraiment regardé Dallas, envoie un e-mail à Larry Hagman avec une photo en pièce jointe. La réponse arrive peu après. Courte, lapidaire, parfaitement dans l’esprit du personnage qu’il incarnait depuis vingt ans. Hagman lui écrit : « Vous êtes un homme chanceux. Profitez de la vie ! » Et il ajoute, avec ce sens de l’humour noir qu’on lui connaissait : « Pensez à signer votre carte de donneur d’organes. »
Une petite pique savoureuse de la part d’un homme qui avait lui-même subi une greffe du foie en 1995 après des années de consommation excessive d’alcool, une opération de seize heures menée avec le thème de Dallas en fond sonore dans la salle d’opération.
Le jour où il est allé à Southfork
Quelques mois plus tard, piqué par la curiosité, le médecin décide de faire le pèlerinage. Direction Southfork Ranch, au Texas, le « domicile » fictif des Ewing. Il achète un chapeau de cow-boy pour l’occasion, pour voir. La femme derrière le comptoir de la boutique de souvenirs faillit s’étrangler en le voyant entrer.
Un guide qui menait un groupe de visiteurs annonça : « Regardez, les amis, J.R. est au ranch aujourd’hui ! » Vingt flashes se déclenchèrent simultanément. « C’était de la folie », dit-il.
Mais le plus beau moment, c’est sa fille Chelsea, seize ans à l’époque, qui le vit. Elle regardait les photos de Larry Hagman exposées dans le musée, puis se retournait vers son père, puis regardait à nouveau les photos. Elle finit par dire : « Papa, il faut qu’on parte d’ici. Ça me fait vraiment bizarre. »
Le J.R. qui soigne les gens
Ce qui rend cette histoire particulièrement belle, c’est le contraste absolu entre les deux hommes. Larry Hagman incarnait le personnage le plus redouté et le plus détesté de la télévision mondiale. Son sosie, lui, était oncologue, un médecin dont le métier consistait à soigner des malades du cancer, à accompagner des gens dans certaines des épreuves les plus difficiles de leur vie.
« J’essaie d’apporter espoir et optimisme à mes patients », dit-il. « J’essaie, d’une manière ou d’une autre, de leur faire esquisser un sourire, même si je dois pour ça utiliser la réplique de J.R. : ‘Bonjour, mon cœur.’ »
J.R. Ewing disait Hello, darlin’ pour mieux vous manipuler. Le docteur dit Hello, darlin’ pour vous redonner le moral dans une chambre d’hôpital. Même phrase. Deux hommes que tout oppose.

Larry Hagman, l’homme derrière le monstre

Cette anecdote dit aussi quelque chose de Larry Hagman lui-même, que l’on a parfois tendance à confondre avec son personnage. Ceux qui l’ont rencontré ont été frappés par le fait qu’il n’était en rien comme J.R. : doux, drôle, charmant, à l’opposé exact de son personnage, ce qui témoigne de son immense talent d’acteur.
Sa réponse au médecin-sosie est à cet égard révélatrice. Pas d’arrogance, pas de froideur. Une blague sur les greffes d’organes et un conseil de profiter de la vie. Voilà le vrai Larry Hagman : un homme qui avait traversé des épreuves considérables, l’alcoolisme, la greffe, le cancer, et qui en était ressorti avec une philosophie simple et solaire.
Quand on lui demandait pourquoi les gens aimaient autant un personnage aussi ignoble que J.R., il répondait : « Tout le monde a un abruti comme ça dans sa famille. C’est ce qui le rend si attachant. Tout le monde sait qui il est. »
Et quelque part dans le Mississippi, un médecin en blouse blanche sourit en entrant dans les chambres de ses patients. Parce que parfois, avoir le visage du diable peut aider des gens à traverser leurs pires moments.
L’histoire provient de ce site ou vous pouvez retrouver le récit original.
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