Blood is thicker than Oil

Les Maîtres de l’Univers :

Ce blog vit habituellement à Southfork ou dans les couloirs de la Denver-Carrington, mais certains monuments des années 80 débordent largement du cadre du soap. Les Maîtres de l’Univers en font partie. Entre le dessin animé fondateur, un film culte tourné dans l’urgence en 1987, et un blockbuster tout frais sorti en juin dernier, la saga d’Eternia a traversé quarante ans sans jamais vraiment quitter l’imaginaire de ceux qui ont grandi avec elle. L’occasion de faire le tour du propriétaire, en trois actes, et de glisser, comme toujours ici, une petite passerelle vers nos sagas de prédilection.

trois générations, un seul cri de guerre : « J’ai le pouvoir ! »

1. « He-Man and the Masters of the Universe » (1983) : le dessin animé qui vendait des jouets avant de raconter une histoire

Pour ceux qui n’ont pas connu ça devant leur poste le mercredi après-midi : He-Man and the Masters of the Universe est une série d’animation produite par le studio Filmation, diffusée à partir de 1983. Elle raconte les aventures du prince Adam, héritier du royaume d’Eternia, qui se transforme en brandissant son épée et en prononçant la formule magique « By the power of Grayskull! » (Par le pouvoir du crâne ancestral ! en v.f.) en He-Man (Musclor), guerrier le plus puissant de l’univers, protecteur des secrets du redoutable Château des ombres face aux assauts du sorcier au crâne squelettique Skeletor.

Autour de lui gravite toute une galerie devenue iconique : Man-At-Arms (Duncan), le maître d’armes et figure paternelle ; Teela, la garde royale ; la Sorcière de Grayskull ; le lutin bavard Orko ; le tigre de combat Battle Cat (bien moins impressionnant sous sa forme de chat domestique Cringer) ; et en face, la clique de Skeletor, Evil-Lyn, Beast Man, Trap Jaw, Mer-Man. Un mélange assumé de fantasy héroïque, de science-fiction et de mythologie de pacotille, porté par une esthétique musclée typique de l’époque post-Conan.

Ce qu’il faut absolument savoir, et qui donne tout son sel à l’histoire, c’est la genèse purement commerciale de la série. Mattel avait déjà Barbie pour les filles ; il fallait un équivalent pour les garçons. Les figurines He-Man sont d’ailleurs nées d’un recyclage : des sculptures initialement pensées pour une hypothétique gamme de jouets Conan le Barbare, que Mattel n’a jamais pu concrétiser faute de licence. Le dessin animé, lui, n’est arrivé qu’après, et dans un contexte bien précis : au tout début des années 80, la dérégulation de la publicité télévisée destinée aux enfants aux États-Unis a ouvert la voie à ce qu’on a appelé les « program-length commercials », des dessins animés conçus, ni plus ni moins, comme des spots publicitaires de vingt-deux minutes pour vendre les jouets déjà en rayon. He-Man en est l’exemple fondateur, aux côtés de G.I. Joe ou des Transformers. Chaque épisode se refermait d’ailleurs sur une petite morale édifiante adressée aux enfants, une manière, déjà, de redorer un peu le blason d’un programme né avant tout pour faire tourner les caisses enregistreuses. L’histoire retiendra que ça n’a pas empêché la série de forger l’imaginaire de toute une génération, bien au-delà de son objectif marketing initial.

2. Le film de 2026 : Nicolas Galitzine reprend l’épée, et Eternia retrouve son âme

Après des décennies de projets avortés, Masters of the Universe est enfin sorti sur les écrans le 5 juin 2026, réalisé par Travis Knight, produit par Mattel et Amazon MGM Studios. Nicolas Galitzine y campe le prince Adam / He-Man, entouré d’un casting solide : Camila Mendes en Teela, Idris Elba en Duncan/Man-At-Arms, Alison Brie en Evil-Lyn, Morena Baccarin en Sorcière, James Purefoy en roi Randor, et surtout Jared Leto en Skeletor, une prestation que la plupart des critiques ont unanimement saluée comme le grand moment de flamboyance du film.

Et c’est bien là que ce nouveau film marque des points, à mes yeux : il ne cherche pas à « sauver » ou à excuser son matériau d’origine en le plombant de gravité artificielle. La presse spécialisée elle-même a relevé ce parti pris: un ton d’ironie légère doublé d’une révérence sincère envers le folklore d’Eternia, assumant pleinement le grand n’importe quoi coloré du dessin animé plutôt que de le réinventer en quête de noblesse. On y retrouve même, glissé avec une tendresse amusée, ce fameux tableau où les héros se tiennent en cercle, poings sur les hanches, à rire bruyamment sans raison, clin d’œil directement pioché dans la manière dont s’achevait quasiment chaque épisode de la série originale. Le film assume d’être un divertissement généreux, familial, plein d’action et de couleurs, sans chercher à porter un discours qui dépasserait le cadre du récit lui-même. C’est exactement l’esprit qui manquait à tant de reboots de franchises 80 ces dernières années, plombés par l’envie de « nous imposer une idéologie en vague à Hollywood » plutôt que de simplement raconter une belle histoire.

Petit aparté sur Nicholas Galitzine

Je ne vais pas vous mentir : j’ai un petit (un gros😍) faible assumé pour l’acteur britannique. Révélé au grand public par le drame romantique Purple Hearts, puis par le film Prime Video Red, White & Royal Blue (dont on attend la suite avec impatience), il a confirmé sa présence à l’écran dans The Idea of You face à Anne Hathaway, avant de décrocher ce rôle qu’il a lui-même qualifié de rôle d’une vie. Il faut dire que succéder à Dolph Lundgren dans la peau du guerrier le plus puissant de l’univers n’avait rien d’une mince affaire : Galitzine y apporte une sincérité et un charme qui ancrent le film, même dans ses excès les plus assumés. Un choix de casting qui, avec le recul de la sortie, semble avoir plutôt convaincu.

3. Le film de 1987 : Dolph Lundgren, la heroic fantasy à la sauce Cannon Films

Avant Galitzine, il y avait Dolph Lundgren. Sorti en 1987, produit par la Cannon Films de Golan et Globus, reine du cinéma d’action bis de l’époque, ce premier long-métrage live-action reste un pur produit de son temps : heroic fantasy musclée, décors de studio généreux, dialogues grandiloquents, et un budget qui a contraint l’équipe à déplacer une bonne partie de l’intrigue sur Terre plutôt que sur Eternia. Face à Lundgren en He-Man, Frank Langella livre un Skeletor mémorable, et une toute jeune Courteney Cox, avant Friends, incarne Julie Winston.

Le film n’a pas été un succès commercial à sa sortie, et la critique de l’époque l’a assez largement éreinté. Mais comme beaucoup de productions de cette décennie, il a fini par trouver sa revanche avec les années, devenant un classique culte pour toute une génération de spectateurs nostalgiques de cette fantasy naïve et généreuse, typique du cinéma populaire des années Reagan.

Et voilà la petite pirouette qui nous ramène à la maison

Car dans ce film de 1987, le rôle de Man-At-Arms, le fidèle maître d’armes d’Eternia, est tenu par un acteur qui n’est pas tout à fait un inconnu pour les habitués de ce blog : Jon Cypher. Les amateurs de soaps l’auront peut-être croisé sans le savoir : entre 1982 et 1983, il incarnait Jeff Munson, producteur de musique, dans onze épisodes de Knots Landing, un personnage qui tentait de signer la chanteuse Ciji Dunne (Lisa Hartman) et croisait le fer verbalement avec Abby Cunningham. Il avait même, plus tard, prêté ses traits à Dirk Maurier dans Dynastie, et fait une apparition du côté de Dallas. Une belle illustration de la façon dont le petit monde du prime-time des années 80 se recroisait sans cesse derrière les caméras.

Jon Cypher, également connu du grand public pour son rôle de chef de la police dans Hill Street Blues et pour la sitcom Major Dad, nous a quittés le 3 août dernier, à son domicile de Central Point, dans l’Oregon, à l’âge de 94 ans. Il aura eu, avant Idris Elba dans la version 2026, l’honneur d’ouvrir la voie du rôle de Duncan sur grand écran. Une belle carrière, une voix de la télévision américaine des années 80, et un petit fil de plus qui relie tous les univers que ce blog aime explorer.


He-Man/Musclor et toute la clique de Grayskull auront donc traversé quarante ans, trois interprètes principaux, et croisé sans le savoir le chemin de nos sagas favorites. La preuve, s’il en fallait une, que les années 80 ne cessent jamais vraiment de se rappeler à nous.


Je ne résiste pas à vous offrir une minute du film de 2026, et ne me demandez pas pourquoi c’est ma scène favorite du film… :😍😁😉

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