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VC Andrews, la Saga Cutler : le mélodrame gothique ressuscité, porté par un casting quatre étoiles

Pourquoi en parler sur un blog dédié aux soaps des années 80 ?

À première vue, on est loin de Southfork ou de Falcon Crest : « VC Andrews, la Saga Cutler » est une mini-série événement de quatre téléfilms produite en 2023 par la chaîne américaine Lifetime, diffusée en France sur TF1 en mars 2024. Mais l’ADN est le même. Les romans qui l’ont inspirée datent du tout début des années 90, en plein âge d’or du soap gothique et familial made in USA, et le casting a été pensé comme un clin d’œil appuyé à cette époque : on y retrouve Donna Mills, l’inoubliable Abby Cunningham Ewing de Knots Landing, et Jesse Metcalfe, qui a repris le rôle de Christopher Ewing dans la suite de Dallas diffusée sur TNT entre 2012 et 2014. Autant dire que le projet parle directement à notre génération de spectateurs.

L’œuvre littéraire : la saga Cutler de V.C. Andrews

Avant d’être un objet télévisuel, la Saga Cutler est une pentalogie romanesque : Dawn (1990), Secrets of the Morning (1991), Twilight’s Child (1992), Midnight Whispers (1992) et Darkest Hour (1993). Comme la quasi-totalité des romans publiés sous le nom de V.C. Andrews après sa mort en 1986, ces cinq volumes ont en réalité été intégralement écrits par le nègre littéraire Andrew Neiderman, qui a perpétué la marque avec une efficacité redoutable : héroïne innocente, secrets de famille, matriarche impitoyable, hôtel ou demeure chargés d’histoire, et une bonne dose de mélodrame à la limite du grand-guignol. C’est une mécanique de best-seller plus qu’une œuvre littéraire au sens noble, mais elle a suffisamment marqué toute une génération de lectrices pour mériter qu’on s’y attarde.

Premier point critique à noter d’emblée : l’adaptation télévisée s’arrête à Midnight Whispers et laisse Darkest Hour, le dernier tome, sur le bord de la route. La saga Cutler version Lifetime est donc, techniquement, inachevée: un choix de production sans doute dicté par des raisons d’audience ou de budget plutôt que narratives.

L’adaptation télévisée : quatre téléfilms événements

Diffusée aux États-Unis du 8 au 29 juillet 2023 sous le titre V.C. Andrews’ Dawn, réalisée par Linda-Lisa Hayter puis Jacquie Gould, la mini-série a été rebaptisée en France « VC Andrews, la Saga Cutler » et programmée par TF1 en journée, sur deux jours, en mars 2024.

Épisode 1 – Les promesses de l’aurore (Dawn). Dawn Longchamp, lycéenne, grandit en Virginie auprès de son frère Jimmy et de ses parents Ormand et Sally. Elle se met à dos Clara Jean Cutler, héritière du grand hôtel familial, mais capte l’attention du frère de celle-ci, Philip. La mort brutale de sa mère fait basculer son destin, lorsqu’elle comprend qu’en réalité elle a été enlevée à la naissance et est une héritière de la riche famille Cutler. Mais elle n’est pas accueillie à bras ouvert dans cette famille aux sombre passé, dirigée d’une main de fer par la matriarche Lilian Cutler.

Épisode 2 – Les secrets de l’aube (Secrets of the Morning). Installée à New York pour étudier le chant, Dawn se lie d’amitié avec sa colocataire Trisha et suit les cours du chanteur Michael Sutton, pendant que Jimmy s’engage dans l’armée.

Épisode 3 – L’enfant du crépuscule (Twilight’s Child). Une liaison secrète, une grossesse, un abandon : Dawn se retrouve précipitée dans un nouveau chapitre douloureux, sous la coupe de sa grand-mère Lillian Cutler.

Épisode 4 – Les démons de la nuit (Midnight Whispers). La malédiction familiale des Cutler ressurgit à l’occasion d’un anniversaire, entre secrets enfouis et obsession malsaine de Philip pour Dawn.

Le scénario : le maillon faible assumé

Il faut être honnête : sur le plan de l’écriture, la Saga Cutler ne révolutionne rien et cumule les tares classiques du téléfilm Lifetime: rebondissements téléphonés, dialogues parfois raides, résolutions expédiées pour tenir dans le format imposé. La presse américaine ne s’y est pas trompée : le site Decider a pointé une réalisation à petit budget et une intrigue mal ficelée dès le premier volet, tout en reconnaissant que les prestations d’actrices sauvaient la mise. On sent, épisode après épisode, la contrainte du feuilleton posthume qui doit couvrir cinq romans denses en quatre films sans jamais vraiment respirer. Les grosses ficelles mélodramatiques (la malédiction familiale, les coïncidences providentielles, les méchants purement méchants) passeront très bien si on les prend comme on prenait les intrigues les plus outrancières de Dynastie : au second degré, avec plaisir coupable assumé. Ceux qui espèrent la finesse psychologique d’un grand feuilleton seront déçus.

Le casting : la vraie raison de regarder

Brec Bassinger, colonne vertébrale de la saga

C’est elle qui porte les quatre téléfilms sur ses épaules : révélée par la série jeunesse Bella and the Bulldogs puis par Stargirl sur la CW, Brec Bassinger incarne une Dawn qui vieillit et se métamorphose au fil des épisodes, de l’adolescente naïve à la femme meurtrie par les trahisons successives. Le rôle est écrasant, elle est de pratiquement chaque scène, et elle s’en sort avec une sincérité qui compense largement les faiblesses du texte.

Khobe Clarke, le charme ténébreux des Longchamp

Dans le rôle de Jimmy, le frère aîné de Dawn, le jeune acteur canadien Khobe Clarke (aperçu notamment dans Yellowjackets) apporte un supplément de charisme bienvenu. Le personnage, tourmenté et taiseux, lui va comme un gant, et son physique avantageux n’a évidemment pas échappé au marketing de la série, un atout de casting assumé, dans la meilleure tradition du soap.

Donna Mills, la grande dame retrouve ses griffes

C’est ici que la Saga Cutler prend tout son sens pour nous. Donna Mills, qui a façonné l’archétype de la garce de soap en incarnant Abby Cunningham Ewing dans Knots Landing pendant près d’une décennie, campe ici Lillian Cutler, la grand-mère tyrannique qui règne sur l’hôtel familial d’une main de fer. La critique américaine a unanimement salué sa prestation : le site TV Fanatic a notamment souligné qu’elle tenait tête, avec une autorité intacte, à sa jeune partenaire Bassinger. C’est bien simple : Donna Mills vole quasiment chaque scène où elle apparaît, et son abattage de vétérane rappelle à quel point les grandes salopes du prime time des années 80 savaient conjuguer cruauté et élégance. Sans conteste la meilleure raison de se lancer dans les quatre épisodes.

Jesse Metcalfe, le père de famille bienveillant

Face à ce déchaînement de noirceur, Jesse Metcalfe apporte une respiration : son Ormand Longchamp, père aimant et dépassé par les événements, tranche avec l’image de séducteur qui a longtemps collé à l’acteur. Pour les habitués de notre blog, c’est un plaisir supplémentaire de le retrouver dans un registre de patriarche protecteur, lui qui avait repris le costume de Christopher Ewing dans la relance de Dallas sur TNT au début des années 2010 — la boucle avec le prime time familial se referme.

Au fil des épisodes on croise également Fran Drescher, que vous connaissez tous pour son rôle de Fran dans Une Nounou d’Enfer, elle-même grande fan des soap des années 80 elle avait invité plusieurs actrices de nos sagas à jouer dans sa sitcom.

Verdict

La Saga Cutler n’est pas un chef-d’œuvre d’écriture, loin s’en faut : c’est un mélodrame formaté, taillé pour le format téléfilm, avec ses grosses ficelles et ses raccourcis. Mais elle vaut le détour pour son casting, qui fait honneur à l’âge d’or du soap américain : Brec Bassinger porte le récit avec conviction, Khobe Clarke apporte le charme, Jesse Metcalfe une tendresse bienvenue, et Donna Mills, égale à elle-même, livre une prestation qui suffit à elle seule à justifier les quatre soirées. À réserver aux amateurs de mélodrame décomplexé, et aux nostalgiques de Knots Landing qui voudront voir ce que devient, quarante ans plus tard, la reine des méchantes du network.

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