

Au cours du XVIIe siècle, la présence anglaise en Amérique du Nord s’étend progressivement le long de la côte atlantique. Après les premières expériences de Jamestown et de Plymouth, d’autres colonies apparaissent, fondées pour des raisons économiques, politiques ou religieuses.
Peu à peu se forme un ensemble de territoires qui deviendra célèbre dans l’histoire : les treize colonies britanniques. Elles s’étendent du New Hampshire au nord jusqu’à la Georgie au sud, le long de l’océan Atlantique.
Ces colonies ne sont pas toutes identiques. Au contraire, chacune possède son histoire, sa population et ses traditions.
Au nord, dans la région appelée la Nouvelle Angleterre, les colonies comme le Massachusetts, le Connecticut ou le Rhode Island sont fortement marquées par les communautés religieuses puritaines. Les villes y sont souvent organisées autour d’une église et d’une assemblée locale.
Plus au centre, les colonies comme New York, la Pennsylvanie ou le New Jersey se caractérisent par une grande diversité culturelle. Des colons venus d’Angleterre, d’Allemagne, des Pays-Bas ou encore de Suède y cohabitent.
La Pennsylvanie, fondée par William Penn en 1681, devient notamment un refuge pour les Quakers (voir ci-dessous) et pour de nombreux groupes religieux persécutés en Europe.
Au sud, des colonies comme la Virginie, le Maryland ou les Carolines développent une économie agricole fondée sur de grandes plantations. Le tabac, le riz et l’indigo y sont cultivés pour être exportés vers l’Europe.
Dans ces régions, le travail repose en grande partie sur l’esclavage. À partir de la fin du XVIIe siècle, un nombre croissant d’Africains réduits en esclavage est amené dans les colonies pour travailler dans les plantations. Cette réalité marque profondément l’histoire et la société américaines.
Malgré leurs différences, les colonies partagent plusieurs caractéristiques communes. Elles restent officiellement sous l’autorité de la couronne britannique, mais disposent d’une certaine autonomie. La plupart possèdent leur propre assemblée élue, chargée de voter les lois locales et de gérer les affaires de la colonie.

Cette tradition d’autonomie politique joue un rôle essentiel dans la formation d’une culture politique originale. Les colons s’habituent à participer à la vie publique et à défendre leurs droits face au pouvoir royal.
Au XVIIIe siècle, la population des colonies augmente rapidement. L’immigration européenne se poursuit et les villes se développent. Des ports comme Boston, New York City et Philadelphie deviennent des centres commerciaux très actifs reliant l’Europe, les Caraïbes et l’Amérique du Nord.
Dans le même temps, une identité coloniale commence peu à peu à émerger. Les habitants des colonies restent sujets du roi d’Angleterre, mais ils développent progressivement le sentiment d’appartenir à une société différente de celle de la métropole.
Aujourd’hui encore, de nombreux vestiges de cette période sont visibles aux États-Unis. Dans plusieurs villes de la côte est, les centres historiques conservent des bâtiments datant de l’époque coloniale. Des lieux comme Colonial Williamsburg, en Virginie, proposent même des reconstitutions historiques permettant de découvrir la vie quotidienne dans les colonies du XVIIIe siècle.
Au milieu du XVIIIe siècle, les treize colonies sont devenues prospères et dynamiques. Mais leurs relations avec la Grande-Bretagne commencent peu à peu à se tendre.
Après la guerre de Sept Ans, le gouvernement britannique cherche à renforcer son contrôle sur les colonies et à leur imposer de nouvelles taxes. Ces décisions vont provoquer une série de crises politiques qui transformeront profondément l’histoire du continent.
Dans le prochain article, nous verrons comment les tensions entre les colonies et la Grande-Bretagne se sont aggravées jusqu’à déclencher la Révolution américaine.

Le 14 Juin 1777 le Congrès Continental adopte officiellement le drapeau comportant les 13 étoiles et les 13 rayures, actant la rupture avec l’Angleterre et fixant les bases du drapeau que l’on connait aujourd’hui. En 1795, le drapeau compte 15 étoiles… et 15 rayures.
Les Quakers
Les Quakers aux États-Unis constituent un mouvement religieux fascinant, à la fois discret et profondément influent.
Les Quakers — nom officiel : Société des Amis (Society of Friends) — sont nés en Angleterre vers 1650, fondés par George Fox. Il prêchait que chaque être humain porte en lui une « lumière intérieure » divine, sans besoin de prêtre, d’église officielle ni de rituel. Une idée révolutionnaire à l’époque, qui leur valut immédiatement persécutions et emprisonnements.
Fuyant les persécutions, les premiers Quakers arrivent dans les colonies américaines dans les années 1650–1660, mais c’est surtout grâce à William Penn que le mouvement s’enracine vraiment. En 1681, Penn obtient du roi d’Angleterre une vaste colonie qu’il nomme Pennsylvanie, et en fait un refuge de tolérance religieuse. Philadelphia (« la ville de l’amour fraternel ») devient leur capitale spirituelle et culturelle.
Les Quakers étaient radicalement différents de leurs contemporains sur plusieurs points :
- Aucun clergé, aucun sacrement : leurs réunions (meetings) se déroulaient en silence, chacun pouvant prendre la parole si l’Esprit l’y poussait.
- Le tutoiement universel : ils tutoyaient tout le monde, y compris le roi, refusant les marques de déférence hiérarchique.
- Le pacifisme absolu : ils refusaient de porter les armes ou de prêter serment.
- L’égalité des sexes : les femmes pouvaient prêcher, ce qui était inouï au XVIIe siècle.
- La sobriété dans l’habit et le mode de vie : pas d’ornements, vêtements simples et sombres.

Malgré leur petit nombre, leur empreinte sur l’histoire américaine est immense :
- Ils furent parmi les premiers abolitionnistes : dès 1688, une communauté quaker de Pennsylvanie signe la première protestation formelle contre l’esclavage en Amérique.
- Ils jouèrent un rôle majeur dans le mouvement des droits civiques et le réseau de l’Underground Railroad aidant les esclaves fugitifs.
- Ils s’impliquèrent fortement dans la cause des femmes, le droit de vote, et plus tard dans les mouvements pacifistes lors des deux guerres mondiales.
Les Quakers américains sont aujourd’hui environ 100 000, répartis en plusieurs courants (certains plus proches d’un protestantisme classique, d’autres très libéraux). Ils restent engagés dans des causes humanitaires à travers l’American Friends Service Committee, fondé en 1917, récompensé par le Prix Nobel de la Paix en 1947.
En résumé, les Quakers sont un tout petit mouvement qui a eu une influence morale et sociale bien au-delà de son nombre, en portant des valeurs de paix, d’égalité et de conscience individuelle à une époque où tout cela était subversif.
Retrouvez les précédents épisode de cette série et la grande chronologie ici.
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