Blood is thicker than Oil

Les premières colonies anglaises et les Pères pèlerins

Retrouvez la grande chronologie de l’Amérique et les autres épisodes.

Au début du XVIIe siècle, l’Amérique du Nord commence à attirer l’attention de l’Angleterre. Après les explorations espagnoles et françaises, les Anglais cherchent eux aussi à établir des colonies permanentes sur ce vaste continent encore largement inconnu des Européens.

En 1607, une première tentative voit le jour avec la fondation de Jamestown, en Virginie. Cette colonie, créée par la Virginia Company of London, devient le premier établissement anglais durable en Amérique du Nord.

Les débuts sont extrêmement difficiles. Les colons manquent de nourriture, les maladies se propagent et les relations avec les peuples autochtones sont souvent tendues. Durant les premières années, la colonie frôle même la disparition. Mais peu à peu, Jamestown parvient à survivre et à se développer, notamment grâce à la culture du tabac introduite par John Rolfe, qui devient rapidement une source importante de richesse.

Quelques années plus tard, une autre colonie anglaise va marquer profondément l’histoire américaine. En 1620, un groupe de dissidents religieux protestants quitte l’Angleterre à bord du célèbre navire Mayflower. Ces hommes et ces femmes, que l’on appellera plus tard les Pères pèlerins, cherchent à pratiquer leur religion librement, loin des contraintes de l’Église anglicane.

Après une traversée difficile de l’Atlantique, le navire atteint les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Les colons fondent alors la colonie de Plymouth.

Comme à Jamestown, les premiers mois sont extrêmement éprouvants. L’hiver est rigoureux, la nourriture manque et une grande partie des colons meurt de maladie ou d’épuisement. La survie de la colonie doit beaucoup à l’aide apportée par certains peuples autochtones de la région, notamment les Wampanoags.

Selon la tradition, un repas partagé entre les colons et leurs alliés amérindiens aurait eu lieu en 1621 pour célébrer la première récolte réussie de la colonie. Cet événement est souvent considéré comme l’origine de Thanksgiving, aujourd’hui l’une des fêtes familiales les plus importantes aux États-Unis.

Chaque année, le quatrième jeudi de novembre, les Américains célèbrent cette fête autour d’un repas traditionnel réunissant famille et proches. Même si l’histoire réelle de cette période est plus complexe que la légende populaire, Thanksgiving reste profondément associé à l’arrivée des Pères pèlerins et aux débuts de la colonisation anglaise.

Au fil du XVIIe siècle, d’autres colonies anglaises apparaissent le long de la côte atlantique. Certaines sont fondées pour des raisons économiques, d’autres pour des motifs religieux. Peu à peu, ces établissements se développent et attirent de nouveaux colons venus d’Europe.

Ces colonies restent officiellement sous l’autorité de la couronne britannique, mais elles commencent à développer leurs propres institutions politiques, leurs assemblées locales et leurs traditions. Une société coloniale originale se met progressivement en place.

Au cours des décennies suivantes, ces colonies vont se multiplier et former un ensemble qui deviendra célèbre dans l’histoire : les treize colonies britanniques d’Amérique du Nord.

C’est au sein de ces colonies, prospères mais de plus en plus attachées à leur autonomie, que naîtront les tensions avec la Grande-Bretagne qui conduiront finalement à la Révolution américaine.


Dans le prochain article, nous verrons comment ces différentes colonies se sont développées au XVIIe et au XVIIIe siècle pour former une société coloniale dynamique et diverse le long de la côte atlantique.

En 1775 les colonies anglais d’Amérique se dotent d’un drapeau appelé Grand Union Flag, comportant 13 rayures rouges et blanches pour symboliser les 13 colonies et le drapeau anglais tutélaire dans le quart supérieur gauche. L’année suivante, Betsy Ross suggère un nouveau drapeau dans lequel le drapeau anglais (l’Union Jack) est remplacé par 13 étoiles placées en cercle…

Caroline du Nord · 1590

En 1590, un gouverneur rentrant de voyage découvrit une colonie anglaise déserte. Cent quinze âmes s’étaient évaporées. Il ne restait qu’un mot gravé dans le bois : CROATOAN.

I – L’Ambition Coloniale de l’Angleterre Élisabéthaine

Au XVIe siècle, l’Angleterre regarde vers le Nouveau Monde avec envie. L’Espagne y domine déjà, et la Reine Élisabeth I accorde à Sir Walter Raleigh les droits pour coloniser les terres d’Amérique du Nord. L’objectif est politique, économique — et symbolique. C’est ainsi qu’en 1584, une première expédition reconnaît l’île de Roanoke, au large de ce qui est aujourd’hui la Caroline du Nord. Le territoire semble propice : fertile, habité par des peuples autochtones — notamment les Croatoan et les Secotan — avec qui des contacts sont établis.

Chronologie

1584 – Première reconnaissance de l’île de Roanoke par les émissaires de Walter Raleigh.

1585 – Première tentative de colonisation avec 108 hommes. Conflits avec les autochtones, manque de vivres. Rapatriés par Sir Francis Drake en 1586.

1587 – Deuxième expédition : 117 colons embarquent, dont des familles entières. John White est nommé gouverneur. Naissance de Virginia Dare, premier enfant anglais né en Amérique.

Août 1587 – John White repart en Angleterre chercher des renforts et des provisions, laissant sa fille et sa petite-fille derrière lui.

1588 – 1589 – La guerre contre l’Armada Espagnole immobilise toute la flotte anglaise. White ne peut rentrer.

Août 1590 — Retour de White. La colonie est déserte. Seul indice : CROATOAN gravé sur un pieu de palissade, et CRO sur un arbre.

II – Cent Quinze Âmes, Zéro Trace

Ce qui frappe dans la disparition de Roanoke, c’est l’absence totale de violence apparente. Pas de sang, pas de corps, pas de signes de lutte. La palissade était intacte. Les maisons avaient été méthodiquement démontées, signe d’un départ planifié, non d’une fuite précipitée.

« Je ne trouvai âme qui vive, ni signe de détresse. Seulement ce nom, gravé avec soin dans le bois d’un poteau : CROATOAN. » John White, gouverneur, 1590

John White avait en réalité laissé une consigne : si les colons devaient partir, ils graveraient leur destination, et une croix s’ils étaient en danger. Il n’y avait pas de croix. Le mot CROATOAN désigne à la fois un peuple autochtone et une île voisine, aujourd’hui l’île de Hatteras.

White tenta de rejoindre cette île, mais les tempêtes l’en empêchèrent. Il rentra en Angleterre. Il ne revit jamais sa fille, ni sa petite-fille. Roanoke disparut dans les brumes de l’histoire.

III – Ce que l’Histoire et la Science Avancent

Depuis quatre siècles, historiens, archéologues et amateurs du mystère ont proposé leurs explications. Aucune n’est définitivement prouvée, ce qui alimente la fascination (et laisse libre l’imagination des scénaristes de Hollywood).

🤝 Intégration Autochtone

La thèse la plus probable aujourd’hui. Les colons auraient rejoint les Croatoan ou d’autres tribus, par nécessité ou choix. Des descendants métissés furent signalés des décennies plus tard.

🌊 Migration vers l’Intérieur

Des fouilles archéologiques récentes (projet FIRST COLONY) ont mis au jour des indices de présence anglaise dans les terres, notamment dans le Piedmont de Caroline du Nord.

⚔️ Massacre

Certains chroniqueurs du XVIIe siècle, dont John Smith, rapportèrent que le chef Powhatan se vanta d’avoir exterminé une colonie anglaise. Mais aucune preuve archéologique ne le confirme.

🌀 Famine & Dispersion

Des analyses dendrochronologiques révèlent une sécheresse sévère entre 1587 et 1589, l’une des pires du siècle. Les colons auraient pu se disperser pour survivre.

Les Fouilles du XXIe Siècle

Depuis les années 2010, la First Colony Foundation mène des fouilles méthodiques. En 2012, une carte ancienne de John White révèle, sous un patch de papier, une étoile à quatre branches indiquant un fort à l’intérieur des terres; une découverte capitale. Des céramiques et artéfacts d’origine anglaise datant de la fin du XVIe siècle ont été retrouvés à deux sites distincts, suggérant un déplacement volontaire plutôt qu’une disparition surnaturelle.

La vérité serait donc bien plus humaine que le mythe : des survivants qui s’adaptèrent, s’intégrèrent, se dispersèrent. Mais cette vérité-là est moins bonne à raconter.

IV – Quand Roanoke Devient Mythe

Au fil des siècles, la disparition de Roanoke a quitté le domaine de l’histoire pour entrer dans celui du mythe américain. Le mot CROATOAN lui-même est devenu une icône culturelle, symbole de l’inexplicable, du seuil entre le monde connu et l’inconnu.

La figure de Virginia Dare, premier enfant anglais né sur le sol américain, a alimenté les imaginaires : tantôt héroïne romanesque, tantôt fantôme errant dans les bois de Caroline. Au XIXe siècle, elle devint même un symbole nationaliste, instrumentalisée par les tenants de la suprématie blanche, preuve que le mythe peut toujours servir les idéologies.

Dans la culture populaire américaine, Roanoke est cité dans des documentaires sur les phénomènes inexpliqués, aux côtés du Triangle des Bermudes et de l’enlèvement extraterrestre, consécration ultime du mythe.

Ce que CROATOAN Nous Dit Encore

La science pointe vers une réalité pragmatique : des colons démunis qui ont cherché refuge auprès de peuples qui connaissaient la terre. Une assimilation progressive, une dissolution dans le continent plutôt qu’une disparition dans les ténèbres. Mais il reste quelque chose d’irréductible dans ce mot gravé dans le bois. Un adieu. Une direction. Ou peut-être une question que l’histoire n’a jamais su complètement refermer.

Virginia Dare aurait eu trois ans à la disparition. Son sort, assimilée, morte de faim, adoptée par une tribu, ou autre chose encore, demeure inconnu. C’est peut-être cela le vrai mystère de Roanoke : non pas une magie noire ou une intervention extraterrestre, mais simplement l’oubli. La façon dont l’histoire efface les vulnérables, les petits, ceux qui ne laissent pas d’archives.

« Il n’y a pas de mystère plus profond que celui d’une vie humaine dont il ne reste aucune trace. »

Pour ne rien manquer des nouveautés du site, laissez votre adresse ici et vous serez notifiez chaque semaine des nouveaux articles du blog

[email-subscribers-form id="1"]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Retour en haut