Le procès, les condamnations et l’après

Suite de la première partie, consacrée à la découverte de NXIVM par Catherine Oxenberg et au parcours de sa fille India au sein de la secte.
Quand India Oxenberg quitte NXIVM au printemps 2018, l’affaire est déjà entre les mains de la justice fédérale américaine. Ce qui n’était, quelques mois plus tôt, qu’une série de témoignages et d’articles de presse va se transformer en l’un des procès les plus retentissants de la décennie aux États-Unis.
Les arrestations
Le 26 mars 2018, Keith Raniere est arrêté à Puerto Vallarta, au Mexique, où il s’était réfugié, puis extradé vers les États-Unis. Quelques semaines plus tard, en avril 2018, c’est au tour d’Allison Mack d’être interpellée par le FBI. Clare Bronfman, l’héritière du groupe Seagram qui finançait une grande partie des activités de NXIVM, ainsi que Nancy Salzman, cofondatrice de l’organisation, et sa fille Lauren Salzman, une des « maîtresses » de premier rang au sein de DOS, sont également mises en cause, de même que Kathy Russell, comptable de l’organisation.
Face à l’accumulation de preuves et de témoignages, la plupart des coaccusés choisissent d’éviter le procès en plaidant coupable :
- Nancy Salzman plaide coupable, en mars 2019, d’association de malfaiteurs de type racket (racketeering conspiracy), reconnaissant notamment avoir participé à des opérations de surveillance de détracteurs de l’organisation.
- Lauren Salzman plaide coupable en mars 2019 des mêmes chefs, admettant avoir séquestré une femme pendant près de deux ans sur instruction de Raniere.
- Allison Mack plaide coupable en avril 2019, reconnaissant son rôle de recruteuse et de « maîtresse » au sein de DOS.
- Kathy Russell plaide coupable de fraude aux visas en avril 2019.
- Clare Bronfman plaide coupable de complicité d’immigration clandestine à des fins financières et d’usurpation d’identité.
Seul Keith Raniere choisit d’aller au procès, clamant son innocence.
Le procès Raniere
Le procès s’ouvre en mai 2019 devant le tribunal fédéral de Brooklyn et dure environ six semaines. Les débats détaillent le fonctionnement de DOS : le système de gages compromettants destinés à empêcher tout départ, les restrictions alimentaires imposées à certaines « esclaves », le marquage au fer, et des faits d’abus sexuels remontant à plusieurs années, impliquant notamment une adolescente de 15 ans au moment des faits, identifiée sous le pseudonyme de « Camila » au cours du procès.
Le 19 juin 2019, après moins de cinq heures de délibération, le jury déclare Raniere coupable des sept chefs d’accusation retenus contre lui : association de malfaiteurs de type racket, racket, trafic sexuel, tentative de trafic sexuel, association de malfaiteurs en vue d’un trafic sexuel, association de malfaiteurs en vue du travail forcé, et association de malfaiteurs en vue de fraude électronique. Les éléments retenus dans le volet racket incluaient également des faits d’extorsion, de vol d’identité et de détention d’images d’exploitation sexuelle de mineurs.
Les condamnations
Le 27 octobre 2020, le juge fédéral Nicholas Garaufis condamne Keith Raniere à 120 ans de prison, une peine équivalant, de fait, à la perpétuité, assortie d’une amende de 1,75 million de dollars. Le ministère public avait requis la perpétuité, soulignant l’absence totale de remords de l’accusé ; la défense plaidait pour une peine de 15 ans. Lors de l’audience, le juge qualifie les agissements de Raniere de « particulièrement odieux », relevant qu’il s’en était pris à des adolescentes et de jeunes femmes. Raniere lui-même maintient devant le tribunal continuer de se croire innocent des faits reprochés. India Oxenberg fait partie des victimes qui prennent la parole lors de cette audience de détermination de peine.
Les autres protagonistes sont condamnés dans les mois qui suivent :
| Prévenu·e | Rôle au sein de NXIVM/DOS | Peine |
|---|---|---|
| Keith Raniere | Fondateur et dirigeant | 120 ans de prison |
| Clare Bronfman | Principale bailleuse de fonds | 6 ans et 9 mois |
| Nancy Salzman | Cofondatrice, présidente | 3 ans et demi |
| Allison Mack | « Maîtresse » de premier rang, recruteuse | 3 ans |
| Lauren Salzman | « Maîtresse » de premier rang | Peine purgée, 5 ans de mise à l’épreuve |
| Kathy Russell | Comptable | Peine non privative de liberté |
Allison Mack, dont la coopération avec l’accusation a été soulignée par le parquet, est libérée en 2023 après deux ans de détention. Elle s’exprimera publiquement pour la première fois depuis sa sortie dans le podcast Allison After NXIVM, où elle revient sur son entrée dans le mouvement en 2006 et exprime des regrets envers les victimes. Keith Raniere, de son côté, continue de multiplier les recours en appel, tous rejetés à ce jour, le plus récent début 2026, pour tenter d’obtenir un nouveau procès.
L’après : documentaires, mémoires et reconstruction
L’affaire NXIVM a donné lieu à une importante couverture documentaire, dont deux séries sorties la même année, 2020 : The Vow sur HBO, qui suit plusieurs anciens membres dans leur sortie du mouvement, et Seduced: Inside the NXIVM Cult sur Starz, construite spécifiquement autour du témoignage d’India Oxenberg et de sa famille. Catherine Oxenberg publie de son côté, en 2018, un livre-témoignage, Captive: A Mother’s Crusade to Save Her Daughter from a Terrifying Cult, où elle retrace sa propre expérience de mère cherchant à comprendre puis à combattre l’emprise exercée sur India.
India Oxenberg, elle, a pris davantage de temps avant de s’exprimer publiquement en son nom propre, expliquant avoir eu besoin de se reconstruire avant de pouvoir raconter son histoire à sa manière plutôt qu’à travers le récit de sa mère. Elle est aujourd’hui engagée dans un travail de sensibilisation autour de l’emprise sectaire et des mécanismes de manipulation psychologique.
Ce que cette affaire dit du parcours de Catherine Oxenberg
Il y a quelque chose de frappant à voir une actrice associée pour toujours, dans l’imaginaire collectif, à une princesse de fiction évoluant dans les intrigues dorées de Dynastie, se retrouver au cœur d’une affaire judiciaire d’une tout autre gravité. L’histoire de Catherine et India Oxenberg n’a, en soi, rien à voir avec l’univers des soaps des années 80, mais elle rappelle que, derrière les figures glamour de cette époque, il y a des trajectoires de vie bien réelles, parfois traversées d’épreuves sans rapport avec les paillettes du petit écran. C’est aussi ce qui rend cette histoire digne d’être racontée sérieusement, loin de toute anecdote people.
Sources : Département de la Justice des États-Unis (District Est de New York), Radio-Canada, CBC, Variety, TV Guide, Spectrum News, ainsi que les témoignages de Catherine et India Oxenberg dans la presse américaine.

Si vous n’avez pas encore lu l’épisode 1 de Dallas Brand New World, il est disponible ici. Et l’épisode 2 sera publié la semaine prochaine. Répandez la nouvelle…




