Grace à Patrick qui m’a donné accès a ses archives, j’ai déniché un petit article qui parle de l’arrivée de Dynastie à la télévision française. Au-delà des informations parfois un peu fantaisistes que l’on peut y lire, je vous laisse apprécier le style et le ton utilisé par le journaliste. Le genre d’article qu’on ne trouve plus à lire aujourd’hui, plein de références, de jeux de mots et de sous-entendu. Un article paru dans le magazine TCV (pour Télé Ciné Vidéo) qui dans les années 80 offrait des jaquettes pour vos VHS et des articles de fond sur le cinéma et la télévision. Comme toujours, l’article est retranscrit afin que chacun puisse en profiter et le traduire.
Les spectateurs de Télé Luxembourg connaissent déjà Dynastie – comme 220 millions d’Américains – le nouveau feuilleton qui fait bondir les ligues puritaines et renvoie Dallas aux Saint-Sulpiceries. FR3 l’offrira au Français dès la rentrée prochaine. En attendant, Gilles Durieux nous dévoile toute l’histoire et, au passage, Pamela Belwood qui s’amuse aussi bien devant que derrière la caméra. Etonnant.

Serge Moati de la 3 (FR3) a gagné sur la 1 (TF1) et la 2(Antenne 2), sans coup férir, non pas à Garros Roland mais au MIP TV à Cannes pour offrir à ses spectateurs chéris la primeur des nouvelles aventures (épicées) Made in America d’un Dallas corsé de quelques barils de pétrole supplémentaires et de nouveaux jupons transparents. Bref un feuilleton pas comme les autres, intitulé Dynastie.
Depuis le 18 mars dernier, les frontaliers de l’Est de la France se régalent déjà, en captant Télé Luxembourg car Dynastie, depuis cette date, fait florès au Grand Duché. On se pourlèche même les babines en zyeutant les multiples péripéties de cette nouvelle série américaine où les accortes créatures, les villas de rêve, les piscines en forme de cœur, les rutilantes Rolls, les cocktails-parties extravagantes, les chassés-croisés sentimentaux, les tête-à-tête un tantinet grivois, les béatitudes érotiques rangent paraît il, mais on demande à voir, aux oubliettes les bacchanales de J.R., la bouche sans fond de Sue Ellen, la chute de reins de la Pamela ou les roberts géométriques de la Charlene Tilton. Il y aurait cent fois mieux que l’univers impitoyable de Dallas, que la perversité raffinée de J.R., que les lèvres humides de Sue Ellen l’alcoolo, ou que les trésors qui peuvent se cacher sous le blue-jean du gentil Bobby Ewing. 220 millions d’Américains – sauf les ligues puritaines furibondes – sont déjà persuadés qu’ils ont trouvé en Dynastie le stimulant idéal de leur libido. Violence, intrigue, sexe, érotisme, petites culottes – un patchwork parfait – tout y est cette fois pour combler la veuve et l’orphelin, l’étudiant et la midinette, le bougnat et l’énarque, la chaisière et la comédienne, le commissaire divisionnaire à la retraite et Bébert Spaggiari. Enfoncé Dallas de cent coudées ! C’était d’ailleurs, au départ, le désir le plus cher de Douglas Kramer et Aaron Spelling, les producteurs heureux de Dynastie.
Alors, de quoi s’agit-il ? D’une histoire à rallonges concoctée par Esther et Richard Shapiro où les Ewing de Dallas cèdent la place aux Carrington de Denver (et contre tous). Incontestablement, ces deux familles ont un tas de points communs, des tas de puits d’or noir, des lingots d’or tout court et des dollars comme s’il en pleuvait. Business and business
Etreintes à la une et à la deux, haines congénitales et sex-appeal à gogo. Blake Carrington, a remplacé Jock Ewing, mais il ne sucre pas encore les fraises malgré sa frimousse de patriarche. Il lui arrive même d’être plutôt vert car il met dans son lit, entre autres, deux créatures de rêve, nommées Alexis (Joan Collins) en premières noces et la blonde Krystle (Linda Evans) lorsque le feuilleton commence.
Ce Blake Carrington incarné par John Forsythe, l’heureux père a deux enfants d’un premier lit : Steven, le fils, est homosexuel. Fallon, l’héritière, quant à elle, est du genre nymphomane qui accepte volontiers, le temps de mâcher un chewing-gum, qu’on lui conte fleurette. Elle a l’avantage pour nous, spectateurs voyeurs, d’être roulée comme un carosse et de se nommer Pamela Sue Martin. Alexis (attention ce prénom cache une redoutable dévoreuse d’hommes) veut se venger de Blake Carrington, son premier époux. Elle a les dents longues et, à cinquante printemps, un charme ravageur. Alexis, en premier lieu, se fera épouser par un certain Colby Cecil, le pire ennemi du clan Carrington.
Une nuit, à moins que ce ne soit entre 5 et 7, montant au 7e ciel avec Alexis, il en redescendra le Colby, mais mal, avec une foulure du palpitant. Réanimation et tout. C’est alors qu’il se trouve sous la tente à oxygène qu’Alexis, futée, l’oblige à signer un contrat de mariage. Krystle, quant à elle, avant d’épouser Blake Carrington n’était autre que sa secrétaire préférée. Aussi délicieusement perverse qu’Alexis, la Krystle sut prolonger ses heures supplémentaires pour que le Blake joue les bleu bites et ne voit que du feu. Krystle devient Madame Carrington, entrant, (son plus cher désir de secrétaire) dans la « high society » de Denver (et contre tous). Bien entendu, Krystle hait Alexis et vice et versa, mais tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle s’habitue.
Là-dessus, passez muscade, interviennent le fils homo et la fille nympho, la nièce libidineuse et la copine du pédé qui saura lui faire changer de bord. Tout ce beau monde de Denver (et des pas mûres) vont s’entredéchirer, à qui mieux mieux, sur fond de kidnappings, de divorces, de frustrations et de désirs crapuleux. Du beau linge dans du beau drap et des dialogues réalistes où l’on appelle un chat un chat. Paraît que les sujets pourtant blasés d’Oncle Sam retrouvent là le moindre petit cliché de leurs gros fantasmes. Joan Collins, Linda Evans, John Forsythe, Pamela Sue Martin, Heather Locklear, Al Corley, sont les stars de cette saga rocambolesque et familiale où l’on ne s’aime que pour mieux se dévorer.
Miam miam. Nous reviendrons c’est certain dans TCV sur le curriculum vitae de ces personnages hauts en couleurs dont les faits et gestes et le moindre rond de jambes font la une des gazettes.
Pamela Bellwood : la dame au Leica
Penchons-nous aujourd’hui sur une certaine Pamela Bellwood qui dans Dynastie, dans le rôle de Claudie Blaisdel, a le privilège de déniaiser le Steven Carrington. (- « Je n’avais jamais couché avec une femme avant toi », avouera le Steven à la Claudie ravie de ses talents d’éducatrice.) Brave Pamela, qui vient pour notre grand plaisir de se laisser photographier en long et en large par le souriant Larry ( !) Dale Gordon. Pamela Bellwood sait avant tout ce que poser veut dire. Tout comme Candice Bergen, elle manie le Leica à la perfection. Elle a même réalisé sur le plateau de Dynastie quelques reportages indiscrets tout en constatant que les rapports entre les acteurs et actrices n’étaient guère harmonieux. – « Certains se sentaient tellement investis par leurs personnages, déclare Pamela, que même en dehors du set ils se jouaient la comédie. Moi, j’avais le beau rôle, cachée derrière mon appareil photo. J’ai toujours aimé fouiner, dénicher la photo choc, insolite, le tic ou la grimace de la star qui se croit seule et qui se relâche ! Il est vrai que j’ai été à bonne école en traquant l’éléphant en Thaïlande et le rhinocéros au Kenya. Le jet set hollywoodien ressemble souvent aux zoos d’Afrique.
De son rôle de Claudia Blaisdel, Pamela n’en dit que du bien :- « C’est une femme-femme, dit-elle, pour qui la sensualité naturelle est un atout dans la vie. Je suis une gourmande en tout, même en amour et il ne m’est jamais venu à l’idée de prendre des cours d’art dramatique pour jouer une scène torride, dans un lit, avec un monsieur. Je crois que j’ai réussi mes scènes brûlantes avec le fils de Carrington car dans notre corps à corps j’avais le beau rôle, celui d’être un volcan en éruption. Les producteurs m’ont félicité et promis d’étoffer mon personnage pour les épisodes suivants. »
En attendant de rejoindre l’équipe de Dynastie, Pamela coule des jours heureux sous le soleil mexicain de Cabo San Lucas. Poser en tenue d’Eve ne la dérange nullement (car dit-elle « un nu bien fait n’est jamais perdu). « Play Boy » en sait quelque chose en mitraillant Pamela sous toutes les coutures et ce, paraît-il, pour mieux promouvoir son nouveau téléfilm intitulé Cocaine où elle a Dennis Weaver pour partenaire. De plus, Pamela n’a rien d’une débutante, d’une starlette en mal de pub. Le théâtre l’accapare souvent et pas seulement off Broadway. Elle a joué récemment, avec un franc succès, une pièce de théâtre intitulée Web qui n’était autre que l’adaptation du film Network, avec Faye Dunaway. Le grand écran a déjà fait appel aussi à Miss Bellwood que l’on a pu voir dans Airport 77, Serial et The Incredible Shrinking Woman. Bref, elle a le vent en poupe la Pamela aux formes vertigineuses. Même qu’elle aime les compliments … « Surtout, murmure t-elle, quand ils me sont faits de tout près … »
Et un Dallas pirate !
Et Dallas dans tout ça ? Effacé, gommé, achevé, fini, terminé ? Pas du tout. Ça contre attaque ferme, ça ne se laisse pas mettre les sabots de Denver. Déjà, la chaîne C.B.S. annonce l’engagement prochain de guest stars, celles qui font un petit tour et puis s’en vont moyennant un paquet de dollars. On annonce Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Nastassia Kinski et même notre Jeanne Moreau nationale en remplacement de la brave Madame Ewing au cœur fatigué. On parle aussi de corser certains nouveaux épisodes, de dévêtir Sue Ellen et Victoria Principal. Mais Linda Gray se fait tirer l’oreille pour nous exhiber un bout de sein. Elle a même refusé un cachet de 50 000 dollars pour nous offrir sa poitrine entière ! Miss Principal a refusé elle aussi de se dénuder pour la bonne raison, sans doute, qu’elle l’a déjà trop fait en long en large et de travers pour des tas de magazines for men. Il est vrai aussi que l’accorte Pam se pâme surtout désormais devant sa machine à écrire. The Body Principal, son premier ouvrage se vend comme des petits pains, tout comme le tout dernier The Beauty Principal. La Principal veut principalement que l’on parle de ses dons d’écrivain et moins de sa vie d’amante volcanique. Elle avoue que sa villa de Beverly Hills est gardée en permanence par des dobermans assoiffés de sang. Elle a peur des cambrioleurs et des admirateurs trop pressants. Idem pour sa voisine Sue Ellen, c’est-à-dire Linda Gray qui se terre dans son bunker hollywoodien après avoir congédié son époux du temps des vaches maigres. Et Linda de déclarer à qui veut l’entendre qu’elle tient à profiter un maximum de sa liberté reconquise et qu’elle préfère cent mille fois l’affreux J.R. à son vieil époux marri de tant d’injustice. Et J.R. ? Il va bien. L’échec de S.O.B., le film de Blake Edwards où il donnait la réplique à Julie Andrews ne l’a pas affecté outre mesure. Il annonce d’autres films. Il aimerait incarner (Oh ! Bobo Momo !) pour le grand écran, un gars de Ménilmuche nommé Maurice Chevalier, puis, dans la foulée, Sherlock Holmes ! Précisons, tout à fait entre nous, qu’il existe encore un moyen aux producteurs de Dallas de reprendre du poil de la bête afin de tenir tête à la bande de Denver et de Dynastie.
Il leur suffirait de programmer la fameuse cassette pirate enregistrée un certain soir tout au début du tournage des premiers épisodes de la série, vidéo cassette que l’on peut s’offrir dans le quartier de Soho, à Londres, pour la modique somme de 200 francs. Un soir donc après le tournage, Bobby, J.R., Sue Ellen et Barbara Bel Geddes décidèrent de rester sur le plateau pour faire la fête. L’alcool coula à flots. « Et si on tournait un Dallas érotique ? fit un petit malin, opérateur de son état. Le décor représentait une chambre d’hôpital. Sue Ellen, en effet avait été victime dans le scénario d’un accident de voiture. Elle était censée être dans le coma. Quelque peu éméchée la Sue se reglissa dans les draps vêtue d’une simple nuisette vert pomme et ferma les yeux. La très respectable Madame Ewing (Barbara Bel Geddes) entonna une chanson de corps de garde. Le fringant Bobby nu comme un ver attaqua une polka. J.R., quant à lui, saoul comme un Texan de Pologne, se lança dans un massage savant de Sue, sa douce moitié, qui sous ses caresses ravageuses quitta son coma et sa chemise de nuit. Bref, tout ce beau monde rentra au petit matin à la maison. L’opérateur se frotta les mains. On oublia l’affaire jusqu’au jour où un certain Chris Robin, son producteur pirate, lança la « maudite » cassette dans le commerce.
Gilles DURIEUX (TCV_Juillet Aout 1983)

L’affaire révélée en fin d’article semble bien être un canular auquel le journaliste, à l’époque, croyait sans doute sans en avoir la preuve. Néanmoins il existe bien une version XXX de Dallas, mais évidemment il s’agit d’une parodie à laquelle Larry Hagman, Patrick Duffy et Linda Gray n’ont bien entendu jamais participé.




Oui, incroyable ! un journaliste ne peut plus se « lâcher »ainsi désormais 😂
Merci pour cette retranscription : un article comme on n’en lit plus en effet ! … Dallas forever ❤️