
30 janvier 1982 : Beverly Hilton Hotel, Beverly Hills
Beverly Hills, 30 janvier 1982. Ce soir-là, le ciel de Californie est d’un bleu d’encre parfait, comme si Hollywood lui-même avait décidé de se faire beau. Devant le Beverly Hilton Hotel, les flashs des photographes crépitent sans discontinuer depuis dix-huit heures. C’est la nuit des Golden Globes. Et cette année, quelque chose dans l’air dit que ce ne sera pas une soirée comme les autres.
La limousine noire s’immobilise le long du tapis rouge avec la précision d’un acteur qui connaît son entrée par cœur. La portière s’ouvre, et Larry Hagman pose le pied sur le tapis avec ce sourire, ce sourire-là, celui de J.R. Ewing, celui qui fait frissonner cinquante millions de téléspectateurs chaque vendredi soir. Il ajuste son nœud papillon, lève les yeux vers la façade illuminée de l’hôtel, et murmure pour lui-même :
— Beverly Hills. Pas mal pour un gamin du Texas.
Derrière lui, Linda Gray descend à son tour, dans une robe longue d’un blanc cassé qui capte chaque flash comme un miroir. Elle sourit aux photographes avec cette grâce tranquille qui est la sienne, la même que Sue Ellen Ewing, en mieux, parce que ce soir, c’est elle la vraie star. Dans quelques heures, elle montera sur cette scène non pas pour recevoir un prix, mais pour en remettre un. Elle est co-animatrice de la soirée. Une responsabilité qu’elle a acceptée sans hésiter, et qu’elle porte ce soir avec l’élégance de quelqu’un qui sait exactement où elle en est.
— Tu es prête ? lui glisse Larry à voix basse en lui offrant son bras.
— Depuis 1978, répond-elle sans se retourner.
À quelques mètres de là, une autre voiture vient de s’arrêter. L’atmosphère change imperceptiblement, comme lorsqu’une scène bascule d’un registre à un autre.
Joan Collins émerge de la limousine avec la lenteur calculée de quelqu’un qui sait que le monde peut attendre. Alexis Colby n’existe que depuis quelques mois sur les écrans américains, mais il suffit de voir la façon dont la foule retient son souffle pour comprendre qu’elle a déjà tout changé. Joan porte du noir, du noir total, du noir absolu, avec des épaules sculptées et des bijoux qui captent la lumière comme des armes. Un photographe crie son nom. Puis un autre. Puis vingt.
Elle ne se précipite pas. Elle n’a jamais été du genre à se précipiter.
— Mademoiselle Collins ! Par ici !
Elle tourne la tête, très légèrement, juste assez pour offrir son profil gauche, le meilleur, tout le monde le sait, et sourit de ce sourire qui ne dit ni oui ni non, mais toujours peut-être.

Dans le hall de l’hôtel, à l’abri de la fièvre du tapis rouge, d’autres visages familiers se retrouvent autour des premières coupes de champagne.
John Forsythe est déjà là, adossé à une colonne de marbre, avec cette stature tranquille de patriarche qui n’a rien à prouver. Blake Carrington incarne une certaine idée de l’Amérique fortunée, élégante, intransigeante, mais toujours digne. Ce soir, John est entouré d’une petite cour naturelle, comme toujours. Linda Evans le rejoint, radieuse dans sa robe dorée, et quelque chose dans la façon dont ils échangent un regard dit qu’ils savent tous les deux ce que cette nuit pourrait leur apporter.
Parce que Linda Evans est nommée ce soir. Meilleure actrice dans une série dramatique, pour Dynastie.
Elle n’est pas la seule.
C’est Ken Kercheval qui lâche l’information, avec ce ton de Cliff Barnes qui ne peut pas s’empêcher de provoquer :
— Tu sais que Barbara est là ce soir ? dit-il à Larry en lui tendant un verre. Elle est dans la course, elle aussi.
Larry Hagman lève un sourcil. Un seul. La marque de fabrique.
— Barbara Bel Geddes ?
— Miss Ellie en personne. Nommée pour Dallas. Meilleure actrice dramatique.
Un silence. Larry tourne lentement son verre entre ses doigts, les yeux brillants d’un calcul que seul J.R. aurait pu faire.
— Alors ce soir, murmure-t-il, c’est Dallas contre Dynastie.
Au fond du couloir, derrière une double porte capitonnée, Patrick Duffy cherche sa cravate dans un miroir en pied et maudit à voix basse l’inventeur du smoking. À ses côtés, Steve Kanaly lui tend un verre de bourbon avec le flegme de Ray Krebbs face à une vache récalcitrante.
— Détends-toi. C’est une soirée, pas un puits de pétrole.
— C’est pire, répond Bobby Ewing avec un sourire. Les puits de pétrole, on sait comment les contrôler.
Dehors, les flashs continuent de crépiter. Le tapis rouge se vide peu à peu. Dans la grande salle de bal du Beverly Hilton, deux mille personnes prennent place. Les tables rondes brillent sous les lustres. Les caméras de NBC se mettent en position.
Et quelque part dans les coulisses, Linda Gray vérifie une dernière fois ses notes, ajuste une mèche de cheveux, et sourit à son reflet.
Ce soir, la nuit appartient aux femmes.
Mais laquelle ?
La semaine prochaine – Épisode 2 : La cérémonie. L’enveloppe s’ouvre. Et personne ne s’y attendait vraiment…
Note : Si les Golden Globes du 30 janvier 1982 ont bien eu lieu au Beverly Hilton Hotel, et si les nominations et récompenses citées dans ce récit sont authentiques, les dialogues, interactions et apartés entre les personnages sont entièrement fictifs et imaginés pour le plaisir de la balade. Toute ressemblance avec des propos réels serait une pure coïncidence — et un beau hasard.
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