Blood is thicker than Oil

Sous le scalpel d’Hollywood (suite et fin)

La première partie de l’article.

V. Les naufrages : quand le scalpel efface ce qu’il voulait préserver

Joan Van Ark : le cas emblématique de la spirale sans fin

Joan Van Ark est probablement le cas le plus documenté et le plus commenté de toute cette génération d’actrices de soaps. Celle qui incarnait Valene Ewing pendant treize saisons de Knots Landing, un personnage complexe, émouvant, d’une intensité dramatique rare, est aujourd’hui davantage évoquée pour sa transformation physique que pour son immense talent d’actrice, ce qui constitue en soi une forme de tragédie.

Le chirurgien esthétique Dr. Anthony Youn, qui n’a pas travaillé sur Van Ark, a déclaré au National Enquirer que son apparence radicalement transformée est probablement due à un nombre important d’interventions chirurgicales. Il estime qu’elle a subi au moins un, sinon deux liftings, ce qui expliquerait que son cou et sa mâchoire semblent trop tendus.

Des proches l’ayant vue récemment ont décrit un visage qui semblait avoir du mal à exprimer les émotions naturelles. Une source a déclaré : « C’est juste triste de voir Joan maintenant. Elle aurait dû s’arrêter. » Des fans sur les réseaux sociaux ont réagi avec un mélange de tristesse et d’affection : « Elle a subi une chirurgie plastique il y a des années quand elle était bien plus jeune et elle n’en avait pas besoin. »

L’analyse des spécialistes est convergente : Joan Van Ark semble avoir subi plusieurs liftings successifs ainsi que de nombreuses injections de fillers. « La chirurgie ne s’est jamais détendue ni assouplie, ce qui laisse à penser qu’il y a eu beaucoup de travail de fait. Ce n’est pas juste un lifting. Elle aurait dû s’arrêter bien plus tôt, au moment du téléfilm Back to the Cul-de-Sac en 1997. Elle avait un très bel aspect à cette époque et aurait pu continuer à travailler en jouant une femme de son vrai âge ou légèrement plus jeune. »

Ce cas illustre un mécanisme psychologique bien connu des chirurgiens : la dépendance à la procédure. Chaque intervention apporte une satisfaction temporaire, puis une nouvelle inquiétude, une ride qui réapparaît, un affaissement qu’on ne supportait pas avant. Et le cycle recommence, jusqu’à ce que le visage ne ressemble plus ni à ce qu’il était, ni à ce que l’on espérait qu’il devienne. Joan Van Ark l’avait elle-même prédit dans son interview : il y en a qui abusent et deviennent des victimes. Elle n’imaginait sans doute pas alors qu’elle parlerait d’elle-même.

Priscilla Presley : victime d’un escroc argentin

Le cas de Priscilla Presley est d’une nature différente, car il ne relève pas simplement d’un excès de chirurgie ordinaire, mais d’une véritable escroquerie criminelle dont les conséquences sont permanentes.

L’ancienne épouse d’Elvis Presley, qui avait tenu le rôle de Jenna Wade dans Dallas de 1983 à 1988, avait été considérée dans les années 1960-70 comme l’une des plus belles femmes du monde. En 2003, elle fut approchée par un certain Daniel Serrano, un Argentin qui se présentait comme un chirurgien de renommée mondiale mais n’était en réalité que titulaire d’un diplôme d’infirmier. Il opérait non pas dans une clinique, mais lors de soirées privées dans des demeures de Beverly Hills, présentant ses injections comme « mieux que le Botox », un produit miracle venu d’Europe, inaccessible au commun des mortels.

La réalité était terrifiante : Serrano n’utilisait pas des produits médicaux de qualité, mais de la silicone industrielle bas de gamme smuglée depuis l’Argentine, le type de silicone que l’on utilise normalement pour lubrifier des pièces automobiles. Il en injecta dans les joues de Priscilla, autour de sa bouche et dans ses lèvres, entre 2003 et 2005.

Ce type de silicone est permanent et impossible à éliminer. Le système immunitaire le reconnaît comme corps étranger et l’attaque, formant des granulomes, masses de tissu cicatriciel, autour des dépôts. Les tissus restent chroniquement enflammés, créant des gonflements permanents. Parmi ses autres victimes figuraient Shawn King, épouse de Larry King, et Diane Richie, alors épouse de Lionel Richie.

Serrano fut arrêté en 2004 et condamné à dix-huit mois de prison, puis déporté en Argentine. Les représentants de Priscilla confirmèrent publiquement qu’elle avait été victime d’un praticien non agréé et qu’elle avait subi des procédures correctives en 2008.

Les chirurgiens qui ont analysé son cas à distance ont estimé qu’elle a dû subir des implants de joues et d’innombrables injections de Botox ainsi que des liftings dans le but de corriger les dégâts de Serrano. La difficulté est que la silicone ne peut pas être retirée sans détruire les tissus environnants. La solution adoptée, ajouter du volume autour des dépôts pour les camoufler, a paradoxalement contribué à l’apparence de surcharge que l’on observe aujourd’hui.


VI. Les hommes : un double standard bien documenté

La question masculine mérite d’être abordée, ne serait-ce que pour mesurer l’ampleur du déséquilibre. Si les hommes recourent aussi à la chirurgie esthétique, ils le font moins, moins jeunes, et subissent beaucoup moins de pression pour le faire.

Dans l’univers de Dallas, Larry Hagman (J.R. Ewing) fut le personnage masculin le plus emblématique : son charme reposait précisément sur son caractère de « beau salaud » vieillissant, dont les rides et l’embonpoint progressif faisaient partie de la caractérisation. Aucune rumeur sérieuse de chirurgie ne l’a jamais suivi, et personne ne le lui aurait reproché de toute façon. On sait en revanche que durant la période de Dallas Larry Hagman portait un postiche pour cacher sa calvitie, tout comme dans Côte Ouest Kevin Dobson avait subit des implants de cheveux, montrant une différence notable entre sa coiffure dans son rôle précédent (Kojak) et son apparition dans Côte Ouest.

La liste des acteurs ayant eu recours à la chirurgie est plus courte que celle des actrices, illustrant que l’obsession de la jeunesse pèse moins fort sur les hommes à Hollywood. Parmi les cas masculins les plus commentés de la même époque figure Mickey Rourke, dont la transformation physique après ses années de boxe a conduit à une chirurgie esthétique dont le résultat catastrophique l’a éloigné des plateaux pendant une décennie, jusqu’à une improbable résurgence dans les années 2000 avec Sin City et The Wrestler.


VII. La nouvelle génération : Dallas version TNT

La renaissance de Dallas sur TNT (2012-2014) a introduit une nouvelle génération d’acteurs, avec une différence notable : dans ce contexte contemporain, la pression esthétique s’est étendue aux jeunes premiers.

Josh Henderson, qui incarnait John Ross Ewing III,fils de J.R. et Sue Ellen, dans ce reboot, est souvent cité dans des forums de fans comme ayant vraisemblablement subi une rhinoplastie. La comparaison entre ses premières apparitions télévisées dans les années 2000 (notamment dans Desperate Housewives et 90210) et son incarnation de John Ross laisse percevoir un nez légèrement plus fin et plus arqué. Il faut cependant noter qu’aucune source documentée ne confirme cette opération, qu’Henderson n’en a jamais parlé, et que des variations d’éclairage, de maquillage et de maturité physique peuvent expliquer des différences apparentes. Le sujet reste dans le domaine de la spéculation, et il serait inexact de le présenter comme un fait établi.

Ce qui est en revanche significatif, c’est que la question se pose désormais pour des acteurs masculins jeunes, une évolution culturelle qui témoigne de la généralisation de la chirurgie esthétique comme norme, y compris pour les hommes.


VIII. Ce que ces histoires nous disent vraiment

Au-delà des cas individuels, ce que révèle l’histoire de la chirurgie esthétique dans l’univers des soaps américains des années 1980, c’est l’existence d’un système cohérent de contraintes qui transforme un choix personnel en obligation structurelle. Les actrices ne se faisaient pas opérer par caprice ou par simple narcissisme : elles répondaient à des injonctions de producteurs, à des clauses implicites de contrats, à la pression d’un public qui attendait de retrouver chaque semaine des visages identiques à eux-mêmes.

Bien conseillées, les stars peuvent utiliser la chirurgie esthétique comme une manière de prolonger leur activité au cœur du milieu hollywoodien. Mais la récurrence des opérations aboutit parfois à un résultat des plus mitigés. La différence entre Joan Collins et Joan Van Ark n’est pas une différence de vanité ou d’intelligence : c’est une différence de mesure, de conseil, peut-être de chance. Et dans le cas de Priscilla Presley, c’est avant tout une différence de malchance, celle d’avoir croisé au mauvais moment un escroc qui profitait de la vulnérabilité de femmes auxquelles Hollywood avait appris que leur visage était leur fond de commerce.

Ces histoires ont quelque chose d’universel : elles parlent du rapport que nos sociétés entretiennent avec le vieillissement féminin, de la violence symbolique exercée sur des femmes dont la valeur professionnelle a été réduite à leur apparence physique, et des conséquences parfois irréversibles de cette pression. Le scalpel, en fin de compte, n’est que l’instrument visible d’une injonction beaucoup plus profonde.

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