Blood is thicker than Oil

L’Odyssée d’un Fan – Épisode 1 – Le grenier

Il y a des après-midis qui commencent par une simple intention, débarrasser le grenier, trier quelques cartons, et qui finissent par vous emmener à l’autre bout du temps. C’est exactement ce qui arriva ce dimanche-là. Le carton était marqué « divers » au feutre noir, d’une écriture qui appartenait à une version plus jeune de moi-même. Je l’ouvris sans me méfier.

Ce fut une erreur magnifique.


Il y avait des cassettes VHS, d’abord. Une vingtaine, empilées avec le sérieux maniaque de quelqu’un qui ne voulait rien perdre. Des étiquettes écrites à la main : Dallas S7, Dynastie épisodes 12-14, Falcon Crest fin de saison, et sur l’une d’elles, une mention qui me fit sourire : Battle of the Network Stars, 1980. Je me souvenais de cette émission comme d’une fête bizarre et joyeuse, une de ces idées que seule la télévision américaine des années 80 pouvait avoir : faire s’affronter les stars des grandes séries dans des épreuves sportives. Patrick Duffy qui court un relais. Charlène Tilton qui plonge dans une piscine. Des gens que l’on aimait pour leur talent dramatique, soudainement transformés en athlètes du dimanche, hilares et suants, sous les acclamations du public.

J’avais oublié à quel point c’était délicieux.

Je posai la cassette de côté; elle rejoindrait plus tard la page que j’avais consacrée à cet événement improbable, et continuai de fouiller.


Sous les cassettes, il y avait des magazines. Des dizaines. Ciné-Télé-Revue, Télé 7 Jours, quelques numéros de Paris Match. Des couvertures qui étaient autant de fenêtres sur une époque : J.R. Ewing en chapeau texan, Joan Collins en robe de soirée, Larry Hagman souriant depuis un kiosque à journaux de 1981 comme s’il savait exactement ce qu’il faisait au monde entier.

La revue de presse que j’avais reconstituée sur le site n’était que le reflet de ces heures passées à lire et relire ces pages cornées. Il y avait quelque chose d’émouvant à voir comment la presse de l’époque avait suivi l’ascension de Dallas avec ce mélange de fascination et de condescendance légèrement coupable, comme si les journalistes eux-mêmes n’osaient pas tout à fait admettre qu’ils regardaient, eux aussi.

Je feuilletai un vieux numéro. Une photo de plateau. Une interview de Linda Gray. Une double page sur le ranch.

Le ranch.

Toujours le ranch.


Southfork. Le mot avait une résonance particulière dans la géographie mentale de quiconque avait grandi avec Dallas. Ce n’était pas seulement un décor, c’était un personnage à part entière, aussi central que J.R. ou Bobby, aussi reconnaissable que le générique. Et comme tout personnage qui compte, il avait sa double existence : l’une à l’écran, l’autre dans le monde réel, quelque part dans la chaleur texane de Parker, au nord de Dallas.

J’avais consacré une page entière aux lieux de tournage, une plongée dans la géographie réelle des séries, ces adresses qui transforment un décor de fiction en destination de pèlerinage. Mais ce soir-là, dans le grenier, ce n’était pas la vraie adresse qui m’obsédait.

C’était une autre.


Au fond du carton, enveloppé dans du papier journal jauni, il y avait un objet que j’avais complètement oublié. Une boîte en bois clair, fermée par un petit loquet en laiton. Je l’ouvris.

À l’intérieur, niché dans du coton, un modèle réduit du ranch Southfork. Quelques centimètres de façade blanche, de pelouse verte, de barrières en bois. Minuscule et parfait.

Je le tins dans le creux de la main un long moment. Quelqu’un, quelque part, avait fabriqué ça, ou l’avait acheté, ou l’avait reçu en cadeau, avec l’amour tranquille des passionnés qui ont besoin de toucher ce qu’ils aiment. J’avais découvert depuis que je n’étais pas le seul à avoir cette relation physique, presque tactile, avec l’univers des Ewing. Il existait des gens qui avaient reconstitué Southfork en miniature avec une précision et une patience qui forçaient le respect, et une tendresse que je comprenais parfaitement ce soir-là, les deux mains refermées sur un ranch de la taille d’un livre de poche.


Dehors, la nuit était tombée sans que je m’en aperçoive. Le grenier sentait la poussière et le temps. Les cartons étaient toujours à trier.

Mais je ne bougeais plus.

Il me restait encore un magazine à ouvrir.

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1 réflexion sur “L’Odyssée d’un Fan – Épisode 1 – Le grenier”

  1. Merci pour ces souvenirs.Et oui la télévison,la presse tv,les vhs constituent une large place dans nos souvenirs mémorables.J’archive tant de choses et c’est du bonheur

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