
…ressuscitent le scandale Wallis Simpson
Un film au titre multiple, The Duchess & I, The Bitter End, In Bed with the Duchess, et désormais My Duchess, pour une histoire unique : celle des dernières années de la femme qui fit trembler la monarchie britannique, et de la Française redoutable qui finit par la dévorer.
L’histoire vraie : un trône perdu pour rien ?
Pour les lecteurs français, un rappel s’impose. En 1936, Édouard VIII n’est roi d’Angleterre que depuis quelques mois lorsqu’il provoque une crise constitutionnelle sans précédent : il veut épouser Wallis Simpson, une Américaine de Baltimore, déjà divorcée deux fois, et qui entretient avec lui une liaison depuis plusieurs années. L’Église anglicane, le gouvernement et le Commonwealth y sont farouchement opposés. Édouard choisit la femme qu’il aime, abdique en décembre 1936, et prononce à la radio ce discours resté célèbre : « la femme que j’aime ». Il devient duc de Windsor ; Wallis, sa duchesse.
Le couple s’installe en France, dans une villa du Bois de Boulogne à Paris. Ils mènent une existence mondaine, fascinante et un peu vaine. Puis le duc meurt en 1972. Et c’est là que l’histoire bascule.
Le cauchemar parisien de Wallis
Veuve, atteinte d’artériosclérose qui provoque des épisodes de confusion, Wallis Simpson vit recluse dans sa villa parisienne. Elle a alors une avocate : Maître Suzanne Blum, née en 1898 à Niort, figure du barreau parisien qui avait, au fil des décennies, représenté des studios hollywoodiens (Warner Bros.), des stars (Rita Hayworth lors de son divorce d’avec le Prince Ali Khan) et les affaires juridiques d’Édouard VIII depuis son installation en France.


Ce qui commence comme une relation professionnelle tourne au cauchemar. Selon le biographe royal Hugo Vickers, Blum congédie peu à peu le personnel anglais de la duchesse, puis son avocat britannique, puis repousse les amis qui cherchent à rendre visite à Wallis. Elle obtient la procuration générale sur les biens de la duchesse et modifie son testament au profit des musées français. Des objets personnels sont vendus discrètement, sans mentionner leur provenance Windsor, ce qui leur aurait pourtant donné plus de valeur. La Légion d’Honneur de Blum est rehaussée dans la foulée.
En 1980, la journaliste Caroline Blackwood, mandatée par le Sunday Times, tente de rencontrer la duchesse pour un article. Elle se heurte à un mur : Maître Blum lui interdit l’accès, lui donne des versions contradictoires sur l’état de santé de Wallis (tantôt dans le coma, tantôt assise à sa fenêtre à écouter Cole Porter), et lui lance, tout à fait sérieusement, que si elle écrivait quoi que ce soit de désobligeant, elle ne l’attaquerait pas en justice : elle la tuerait. Des photographies prises au téléobjectif révèlent une femme clouée au lit, reliée à des appareils médicaux, méconnaissable.
Wallis Simpson meurt en avril 1986. Elle avait au moins 89 ans. Elle est enterrée en Angleterre, aux côtés de son duc, en présence de la famille royale britannique, dont la reine Élisabeth II.
Suzanne Blum, elle, mourra à Paris en 1994, à 95 ans.
Le film : une « passion project » à 91 ans
C’est Joan Collins elle-même qui est à l’origine du projet. À 91 ans, l’actrice britannique, immortalisée dans les années 80 par son rôle d’Alexis Carrington dans Dynastie, a confié à British Vogue que My Duchess était son « passion project » de longue date, à l’instar d’un projet sur Cléopâtre qui n’avait jamais abouti. Lorsque le scénario de Louise Fennell lui a été soumis, sa réponse a été immédiate : « a very good script and a great part for me. I’ve always been fascinated by Wallis, because I think she was unfairly treated. » (Un excellent scénario et un rôle formidable pour moi. J’ai toujours été fascinée par Wallis, car je pense qu’elle a été traitée injustement.)
Pour incarner Wallis dans ses années de déclin, Collins a accepté de se laisser dépouiller de tout le glamour qui fait sa signature. Elle a étudié des milliers de photographies de la duchesse, travaillé avec la costumière Sandy Powell (trois fois oscarisée, pour Shakespeare in Love, The Aviator et Carol) sur une garde-robe qui traduit la décrépitude progressive du personnage. « Elle était maigre comme un fil, » dit Collins sans détour. « Il y a des images d’elle en maillot de bain… elle ressemblait à quelqu’un qui sort d’un camp de concentration. »
Isabella Rossellini, récemment nommée aux Oscars pour son rôle dans Conclave, prix BAFTA du meilleur film 2025, incarne Maître Suzanne Blum. Le choix n’est pas anodin : l’actrice italo-américaine, fille de Roberto Rossellini et Ingrid Bergman, connaît bien la France (elle a récemment tourné dans plus de 30 villes françaises avec son spectacle solo Darwin’s Smile). Rossellini fait de Blum une figure à la fois fascinante et glaçante, dont la cruauté psychologique désagrège lentement la duchesse.

La production et le casting
Le film est réalisé par Mike Newell, dont le palmarès va de Quatre mariages et un enterrement à Harry Potter et la Coupe de Feu en passant par Donnie Brasco. Il s’agit du premier long métrage de John Gore Studios, la société du producteur de Broadway John Gore.
Le tournage a débuté en mai 2025 à Londres et dans le sud-est de l’Angleterre, notamment sur les mythiques plateaux d’Ealing Studios (tout juste rénovés et agrandis). C’est la première production à y avoir tourné après leur réouverture.
Le casting réunit autour des deux têtes d’affiche une brochette de talents franco-britanniques remarquable :
- Miranda Richardson (la journaliste Rita Skeeter dans Harry Potter et la Coupe de Feu, double nominée aux Oscars) et Charles Dance (Tywinn Lannister dans Game of Thrones) dans des rôles non encore dévoilés
- Les Français Laurent Lafitte (Elle, Le Comte de Monte-Cristo), Lambert Wilson (Matrix Reloaded, Des hommes et des dieux), Yves Heck (L’Avenir, The White Crow) et Roxane Duran (Mrs Harris Goes to Paris)
- Philippe Spall, David Bamber et d’autres
My Duchess sera présenté en avant-première mondiale au Festival de Cannes, entre le 12 et le 23 mai 2026, avec, annonce t-on, Joan Collins elle-même sur le tapis rouge.

Pourquoi ce film compte ?
Au-delà du scandale historique de l’abdication, que les Britanniques connaissent par cœur mais qui reste flou pour beaucoup de Français, My Duchess s’attaque à une histoire méconnue : celle d’une femme âgée, affaiblie, dont la vie fut littéralement confisquée par une autre. Une histoire de contrôle, d’isolement, et peut-être de prédation financière, au cœur du Paris mondain des années 70-80. Une histoire qui se déroule en grande partie sur le sol français, avec une protagoniste française… et que le cinéma n’avait jusqu’ici jamais vraiment racontée.
Joan Collins à 91 ans face à Isabella Rossellini : deux légendes vivantes, deux héritières du glamour classique, pour exhumer ce que les convenances avaient préféré taire.
Lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes Joan Collins est apparue dans une splendide robe blanche, entourée de son mari Percy et de l’acteur Laurent Lafitte.


Et puisqu’on parle du festival de Cannes 2026, savez vous qui était également présente sur la Croisette en ce début mai 2026? L’Équipe des films Fast & Furious, réunie bien entendu autour de l’acteur Vin Diesel tous muscles dehors. À ses côtés, évidemment, la jolie Jordana Brewster, vue dans Dallas.




Merci pour ce rappel historique… fascinant ! Un conte de fée qui se termine de façon bien sordide.
Joan Collins est splendide !